I. Le choix de leau en panification.
I.I. Potable = Choix minimaliste ?
Avons-nous vraiment le choix de leau ? Certains boulangers sont privilégiés lorsquils reçoivent une eau venant directement des montagnes et dautres ont des sorts moins enviables lorsquils reçoivent une eau en milieu urbain, voire en milieu rural pollué. De toute façon, il doit sagir deau potable, terme discutable issu dun concept légal. Cette potabilité est normalement cernée par 64 paramètres et une trentaine de directives européennes. Alors dans ce cas, sen assurer soi-même devient difficile et engage des frais dappareil et de contrôle.
Si la Terre est dite « la planète bleue », cest parce quelle est couverte à _ deau. Le corps humain en contient 60 % et létat pâteux, outre les +/- 15 % dhumidité de la farine, en est composé à +/- 1/3. Leau va hydrater la farine, permettre principalement pour le froment de se former un réseau glutineux (qui sont les protéines insolubles), principalement pour le seigle permettre le gonflement des pentosanes et nous permettra aussi à nous boulangers de réguler la température finale de la pâte afin de pouvoir mieux enclencher le processus de fermentation de celle-ci. Après ce discours, leau reprend de limportance, dautant que lévolution actuelle a tendance a travailler les pré-pâtes en milieux forts hydratés. Les levains-liquides (des fermento-levains) et les poolish conduiront à surveiller mieux la qualité de leau.
I. II. Eau douce ou eau dure ?
Souvent lors dintervention sur le levain ou plus simplement de rencontres entre confrères tournés vers la qualité, cette question est venue « quelle est la meilleure eau pour le levain ou pour la pâte ? ». La réponse nest pas si simple du fait que lon na pas toujours la possibilité du choix, comme décrit plus haut. Les quelques études faites à ce sujet indiquent quune eau douce (c.a.d. : eau contenant peu de sels minéraux) rend les pâtes plus collantes et ne renforce pas tant le gluten. Le peu de sels minéraux ne joue pas leffet tampon, a tendance à accélérer la fermentation et donner une couleur pâle au produit cuit. Leau dure, (c.a.d. : eau contenant beaucoup de sels minéraux) à linverse, renforcera le gluten et diminuera (ou régulera selon certains) lactivité fermentaire. Les tests fermentaire et de panification (levure en direct) ne révèlent pas beaucoup de différence pour le produit final du moins. Lajout de farine effectuant un pouvoir tampon autrement important que la présence ou pas de sels minéraux dans leau. Cela relègue souvent au second plan, létat de leau obligatoirement potable. Du coup, le conseil indiquera le choix bien connu du juste milieu, c.a.d. ; leau moyennement minéralisée.
I. III. Eau et démarrage dun levain-chef ?
Enclencher une fermentation naturelle dans le mélange pâteux (eau/farine) pose autrement le problème de leau. Leau potable (ou de distribution) est très souvent chlorée afin dassainir sa propreté microbiologique. Si lon tombe en plus sur les jours où on désinfecte les canalisations, alors on ne doit plus se poser la question, si cette eau laisse encore la possibilité de vie aux micro-organismes, souhaités cette fois pour la fermentation. Nexagérons pas non plus notre jugement et signalons quil sagit dans ce cas précis de faire naître une fermentation et non pas de nourrir ou rafraîchir un levain-chef ancien ayant déjà servi dans des préparations antérieures ou densemencement de pâte à laide de levain tout-point. Si vous voulez attentif à la présence du Chlore dans leau, najoutez en tout cas pas de sel lorsque vous essayer de créer spontanément la vie fermentaire dun levain naturel. Les 200 milligrammes de chlore ( Cl ) que peuvent (en principe et à contrôler) contenir une eau potable ne sont rien à côté des 2 % de sel ( NaCl ) au kilo de farine ( soit 2000 milligrammes). De plus, déchloré nest pas au-dessus de nos forces. Laissez reposer, remuer leau où ajouter quelques gouttes de jus de citron, rectifierons aisément le problème. Parfois le conseil guide vers lemploi deau de table et de source vendue en bouteille dans le commerce jusque 300 fois plus cher que leau de distribution. Vu les petites quantités deau nécessaires pour la création dun nouveau levain-chef, le coût nest pas exorbitant. Mais nallez pas choisir les eaux minérales aux vertus thérapeutiques réelles ou supposées, car certaines seraient tout simplement interdites en eau de distribution. Elles sont, en termes de potabilité, excédentaires soit, en Calcium (Contrex), en Sodium (Apollinaris, Vichy), où en fluor (Saint Yorre).
I. IV. Eau de là .
Lavenir qui se profile largement à lhorizon donne à la problématique de leau le titre ronflant d « or bleu du XXI sc. ». Si le Canada dispose de 1.000.000 m_ deau par an et par habitant, au point den exporter vers les Etats-Unis dAmérique, dans les pays arides, par an et par habitant on ne dispose actuellement que de 1.000 m_ . La demande croissante face à la rareté des sources et la pollution de celles-ci inscrit une prévision pessimiste dun milliard dêtre humain en situation de pénurie en 2025, soit 14 fois plus quactuellement. La libéralisation du marché de leau et la situation en Californie par exemple ne laissent pas présager un avenir facile à laccès à leau pour tous les habitants de la planète. Une meilleure gestion de leau avec contrainte financière à lappui nest pas difficile a pronostiquer. Des changements dattitude face à sa consommation seront inévitables. Il est difficile ici ( mais, pas inutile ) démettre toutes les démarches responsables déjà entreprises cernant les meilleurs usages pour les inévitables nettoyages nécessaires aux bons entretiens des locaux, vêtements & hygiène corporelle exigée pour la salubrité publique. Je vaudrais simplement émettre cette réflexion au cas où lécrit pourrait être détonateur en citant une comparaison. Un(e) africain(e) consomme 10 litres deau par jour et par famille. Elle (il) marche en moyenne 8 kilomètres (soit 2 heures). Un(e) européen(ne) consomme actuellement 120 litres par an et par personne (plus par famille), dans les mêmes conditions, elle (il) devrait marcher ( 8 km X 12) 96 kilomètres, soit pendant 24 heures par jour.
I. V. Epurer, fitrer, adoucir, coulent-ils de source ?
Il est clair à toute action écologique, quil vaut mieux éviter de polluer, quépurer. On sait où la pollution commence, on ne sait jamais où elle finit. Lépuration au chlore de leau de distribution pour sa potabilité a déjà été énoncée, elle entraîne un risque de pollution par la formation du chlore avec des matières organiques de substances cancérigènes. Et malheureusement, lorsquon fait létat des lieux des ressources en eau, cest lamentable ! Un quart des nappes phréatiques européenne dépassent les 50 milligrammes de nitrates plafond autorisé par lOrganisation Mondiale de la Santé (O.M.S.). De plus, cela nest que le résultat des lentes percolations (ou filtrages) à travers les sols des nitrates que la terre a reçus, il y a 10 à 30 ans. On peut sattendre à des augmentations dans les années à venir, vu les doses et les méthodes employées actuellement en agriculture. Pour les pesticides, rebelote, on dépasse parfois de 20 à 30 fois la norme autorisée. Du coup, le souci écologique implique des démarches dassainissement. Un boulanger breton (F) avait remarqué que ces pains éclatait au four, et il solutionna son problème par lélimination des nitrates. Le filtre à osmose inverse pour éliminer la trop forte teneur en nitrates nécessite un suivi assez régulier. Il faut éviter quil nengendre une autre forme de pollution, la contamination microbiologique qui trouve facilement dans les nitrates stagnant de ces filtres un substrat de base. Ladoucisseur deau pour éliminer le trop de sels minéraux exige aussi un suivi. On sait que les légumes cuisent moins bien avec une eau dure, mais si on élimine le calcium ( Ca ) et le magnésium ( Mg ), on augmente la teneur en sodium ( Na ) . Adoucir leau nest pas toujours synonyme deau douce, pour autant que celle-ci soit désirée en panification. Une attention doit être portée également à leau chaude du robinet, il faut contrôler si léchangeur de chaleur séparant leau du chauffage central et leau du robinet fonctionne bien. Une eau chaude comporte moins doxygène et plus de risque de formation de nitrites. On le voit, parfois lorsque lon modifie un paramètre, on influe sur un autre. Ce nest pas simple de se mettre soi-même à la « potabilité ». Cela ne simprovise en tout cas et exige suivi et connaissance.