Naturels ou de synthèse, les arômes sont présents dans
presque tous les produits alimentaires. Quelques éléments pour mieux
comprendre leur nature.
La réglementation sur la dénomination des arômes sur l'étiquetage
des aliments (dans la liste des ingrédients) distingue les simples "arômes",
en général issus d'une synthèse chimique, les "arômes
naturels", qui peuvent être des extraits de matière première
végétale ou animale, mais aussi obtenus par biotechnologies, et
les "arômes naturels de
" , qui doivent provenir de la source
citée.
Ainsi, un arôme naturel banane doit être extrait de banane. Mais un
produit ayant un goût de banane, peut être aromatisé naturellement
sans faire appel à des extraits de cette plante, s'il se contente d'afficher
"arômes naturels" sans préciser la source. L'arôme
de banane se compose en majeure partie d'acétate d'isoamyle. Il s'obtient
par estérification par l'acide acétique, qui réagit sur de
l'alcool isoamylique. Une molécule peu coûteuse, que l'on trouve
dans les têtes de distillation de l'alcool de betterave.
Notre arôme naturel n'aura donc à aucun moment vu l'ombre d'une banane.
L'exemple de la banane ne constitue d'ailleurs pas une exception : à l'exception
de la menthe, des hespérides, et de la vanille, il est possible d'obtenir
naturellement une large gamme d'arômes naturels provenant d'une source tout
autre que le produit dont ils évoquent le goût, beaucoup plus économique
et rationnelle industriellement.
La vrai fausse banane
Si la distinction entre un simple "arôme naturel" et un arôme
naturel de
" est claire, la frontière entre produit naturel et
de synthèse est, elle, beaucoup plus floue.
Un arôme naturel, dit la réglementation, doit être issu de
matières premières d'origine animale, végétale ou
microbiologique, extraites par des procédés physiques, ou transformées
sans que ne soient intervenus de catalyseurs chimiques.
Un exemple, l'acétate d'éthyle, qui donne une touche fruitée,
verte, assez imprécise. Il est produit par estérification de l'éthanol
par l'acide acétique. Il s'agit d'une réaction spontanée
qui s'observe dans les cellules des végétaux. L'arôme "saveur
fruitée" s'obtiendra en reproduisant cette réaction à
l'échelle industrielle. Son appellation dépendra de l'origine des
précurseurs et de la manière dont la réaction est conduite.
Le sexe des anges
Plusieurs cas de figure. L'acide acétique peut provenir de la distillation
du vinaigre, ou être obtenu par voie biotechnologique. De même, l'éthanol
résulte de la fermentation, puis de la distillation du sucre de betterave.
L'acétate d'éthyle produit sera alors naturel.
Mais que l'un des deux réactifs ait une origine différente (dérivé
chimique du pétrole ou du bois), et l'arôme sera artificiel. La manière
dont se déroule l'estérification a aussi son importance. Bien que
spontanée, cette réaction est lente. Il est donc économiquement
nécessaire de l'accélérer. Cela est possible en chauffant,
ou bien à l'aide d'une enzyme. Le produit reste naturel. On peut aussi
utiliser un catalyseur chimique, comme l'acide sulfurique. Celui-ci sera bien
entendu totalement absent du produit final, et pourtant, dans ce cas l'arôme
n'a plus droit au naturel.
Une restriction qui soulève l'incompréhension des aromaticiens.
Comme le résume l'in d'eux : "Il est impossible, souligne l'un d'eux,
de déterminer à partir de l'acétate d'éthyle obtenu
si la réaction a été catalysée par la chaleur, par
une enzyme ou par de l'acide sulfurique. Et même si cela était !
Il existe, dans certains volcans, des bactéries capables de produire de
l'acide sulfurique. Alors, dans ce cas, si on l'utilisait, le produit serait naturel !
Sérieusement, ce mot n'a aucune signification en aromatique, et il faudrait
purement et simplement le supprimer. Essayer de lui donner un sens, c'est débattre
sur le sexe des anges".