VI.3.1. Lépeautre,
La céréale « écologique » !
Beaucoup daspects donnent à lépeautre une réputation écologique. Cest le
retour à une céréale panifiable naturelle nayant pas subi les apports positifs et négatifs de la
modernisation de lagriculture. Cela lui donne une image intacte, très nature. Pour beaucoup, pas de dérive
dinféodisation à lintensif. Lépeautre est de ce fait choisi pour ces raisons par
des sélectionneurs de semences et agriculteurs « alternatifs ». En réponse à
des effets négatifs de lévolution de la culture céréalière, on écrira
« plus officiellement ou scientifiquement» que lépeautre « pompe »
mieux les nitrates [1]. Lexplication vient de son occupation plus précoce du sol qui ne laisse pas migrer
lazote vers la nappe phréatique et qui capte celui-ci par son volume produit. Lépeautre a en effet
plus de paille et une végétation (feuilles et racines) plus importante [2]. Certaines régions où
sa culture est possible, alors que la culture du froment ne réussit pas bien, sont devenues terres de villégiatures.
Dès lors, cela embaume un peu plus limage de respect à cette céréale lié à
une contrée que lon aime pour les belles heures que lon a vécu où que l 6;on pourrait y vivre.
Pour terminer lidentité « verte » de lépeautre, sachez que dans un autre
chapitre vous pourrez découvrir le « grünkern » mot issu dun dialecte allemand et qui se
traduit par grain ou blé vert. Cette spécialité du Sud-Ouest de lAllemagne est en fait le
résultat dune récolte prématurée du grain encore vert puis séché par après.
Et ce grain récolté puis traité de la sorte est ; lépeautre.
VI.3.2. « Lépeautre » :
Appellation et confusion !
Dans le chapitre consacré aux anciens blés (voir chap.VI.1.), on a pu lire la confusion qui sinscrit sur le mot
« épeautre ». Pour rappel, suite à lévolution de la classification, cest
dans la famille des blés et du froment, hexaploïde (3 paires de 7 chromosomes) que nous situons lépeautre.
Dautres lappellerons « grand épeautre », puisquil existe le « petit
épeautre » et l« épeautre de Tatarie » (dit souvent Tartarie), décrit
ici au chapitre engrain et amidonnier (voir ch.VI.2.). Cette confusion sest installée suite à une
généralisation de lappellation « épeautre » pour tous les grains
« vêtus » [3]. Le monde agricole et meunier na pas toujours suivi lévolution
de lanalyse scientifique, souvent débattue, il faut le dire. Comme scientifiquement cest le latin qui demeure
la langue utilisée, lépeautre est là, le Triticum Aestivum L.em.Thell ssp. Spelta, souvent raccourci en
« Triticum Spelta ».
Ce qui différencie lépeautre du froment cest que lorsquil arrive à maturité, les grains dans leurs
épillets se rompent avec leurs bouts attenants à laxe (le rachis). Le froment lui ne se fragmente pas de sa tige
(axe de lépi) lors du battage. Voir la figure VI.3.1., ci après.

Autre différence, mieux connue celle-là, entre lépeautre et le froment, cest cette balle (composé
des glumelles et des glumes) qui reste accolée aux grains dépeautre alors que le grain complet de froment sextrait
aisément de cette épluchure ou balle. Du coup, lépeautre doit subir une opération
supplémentaire ; le décorticage. Enfin, pour la génétique, (dernier apport dans la classification des
céréales), lépeautre a le gène speltoïde [4].
Ce qui différencie lépeautre, non plus du froment, mais des autres blés « vêtus »
primitifs [5] cette fois, est quasi invisible à lil nu. Bien peu de choses apparentes somme toute, ce qui explique la
large confusion déjà décrite. Tout dabord, lors du battage des épis, pour lépeautre,
cest la partie supérieure du rachis qui reste attaché aux épillets lorsque lépi se fragmente, cest
différent pour les « anciens blés » [6].

La différenciation entre épeautre et anciens blés est surtout génétique [7]. Finalement, nous boulangers,
si nous navons pas la possibilité davoir un circuit commercial court et proche ou une tracabilité bien contrôlable,
comment discerner si la farine que nous recevons est bien dépeautre ? Afin de décourager les fraudeurs
potentiels mélangeant ou vendant du froment à la place [8], ce qui se vérifie malheureusement.[9] Des outils
danalyse viennent de venir sur le marché. Il sagit de technique qui mettent à jour la signature
moléculaire spécifique du produit alimentaire. [10]
VI.3.3. Cétait lépeautre
au bas Moyen-âge
Même sil est impossible de savoir qui de lépeautre ou du froment précéda lautre dans la
préhistoire, on sait que lun et lautre ne sont pas des blés « sauvages » ou «
primitifs ». Ils sont nés tous les deux dans des cultures. Au Moyen-âge, la majeure partie des terres du nord
de la France était ensemencée par trois céréales ; lépeautre, le seigle et lorge.
En 850 à Reims (F), la « spelta » des documents dépoque rédigé en latin, tient la
première place dans le rang des céréales.[11] Plus on descend vers le sud (du côté de Chartres -F) moins
on mentionne lorge. Lhistorienne du pain au Moyen-Âge, Françoise Desportes, écrit que « passé
le XIème siècle, plus aucun document ne mentionne lépeautre là où il avait été
abondant ». Un autre historien écrit que dès le Haut Moyen-Âge (vers lan 1000), lépeautre
est devenu une « céréale régionale » par contraste avec lorge et le froment et dans une
moindre mesure lavoine et le seigle. [12] . Cest au XIIème siècle que Sainte Hildegarde de Bingen [13]
(Ô1098
1179 - D) prêche une table sobre, monacale mais surtout saine. Elle met en avant pour ce dernier aspect;
lépeautre [14]. Une thérapie et une diététique vont naîtrent largement inspiré de ces
écrits dits visionnaires.[15] Avant la révolution française de 1789, lépeautre noccupe que les terres
les plus pauvres et encore par défaut, parce que le froment (le blé nu) ny croît pas bien.[16] Beaucoup de raisons
sont données pour expliquer ce déclin. Lépeautre « ne rend que peu de farine par labondance
de son quelle fait en étant moulue ou pelée, cause quen ce Royaume, maintenant, tel sorte de blé nest
plus beaucoup prisé » dit Olivier De Serres en 1605 [17]. Ce qui saccentue dautant plus en période
de famine avec une politique dapprovisionnement des grains, farine et pains contingentés très strictement en interdisant le
gaspillage du grain. Autre raison cest que le grain dépeautre doit être « esbourré »,
c.à.d.; faire sortir le grain de sa pellicule, sa bourre dit encore sa balle. Un travail de plus. Lamélioration
des méthodes agricoles et meunières peut être le résultat comme la conséquence de lemprise du froment
sur les terres cultivables [18]. Lagriculteur tire p rofit dune meilleure traction animale, le cheval remplace peu à peu
le buf et les labours plus profonds saméliorent. Les charrues plus lourdes permettent mieux quavant
lexploitation de terres argileuses compactes. Le réchauffement du climat ouvre au froment des terres réservées
à des céréales plus rustiques. [19] Lapparition et diffusion des moulins à eau éliminent graduellement
les traitements domestiques au pilon et moulin à bras. [20] Une autre raison est lexigence du peuple (on dirait aujourdhui,
les consommateurs) qui ne manqua pas de manifester, parfois avec fracas, sa demande dun pain supérieur. [21] Une locution ancienne
disait même; « pain dépeautre, pain de pauvre » ou « grain de pauvre » en
regard au pain grossier à la texture restant entremêlée de balle. [22]
VI.3.4. Lancien et le nouveau.
Certains font bien la différence.
Ainsi la sélection de lépeautre na pas connu la même évolution que le froment.
C'est-à-dire quil ne sest pas adapter à lintensification croissante de lagriculture. Il faudra
que les agriculteurs bio-dynamistes [23] et biologiques ainsi parfois quun attrait touristique rural le sauve de loubli.
Si les bio-dynamistes jette leur dévolu sur lépeautre, cest précisément parce quil est le meilleur
grain panifiable « alternatif » à son « frère de sang » nu (ou décorticable),
le froment. Sa longue végétation, la robustesse et la longueur de sa paille [24] prend de limportance face à la
réponse &agra ve; apporter au raccourcissement des tiges recherché autant par la sélection des semences [25] que par
lépandage de produits régulateurs de croissance lors de la culture. [26] Pourquoi la longueur de cette en paille a-t-elle
de limportance ? Pour comprendre cela, il faut faire un peu de physiologie du blé, c'est-à-dire étudier
un peu comment se construit la plante donnant le grain de blé. A lapproche de la moisson, on arrive à la formation du fruit
quest le grain. Les substances assimilées par la plante (chlorophylle de la photosynthèse et nutriments) vont vers le haut,
elles vont remplir la graine des éléments « engrangés » dans les feuilles et tiges [27]. Ainsi,
plus il existe de nutriments pré-assimilés dans la paille, mieux le grain sera constitué déléments bien
assimilés et bien assimilables. Mieux synthétisés seront les protéines, les glucides et autres
éléments. Cest le cas de lépeautre qui, comme nous lavons vu, est la céréale qui
a la plus longue (durée) et la plus grande (volume) végétation. Sil est vrai que lon trouve toujours
danciennes variétés dépeautre sur le marché [28], il est plus diversement connu par ailleurs que
certaines variétés récentes ont cherché à sadapter aux exigences nouvelles de lagriculture.
Ainsi, en Wallonie, qui se dit parfois, le premier producteur mondial dépeautre [29], les variétés issues de
la faculté agronomique de Gembloux (B) vers les années 1980 [30], « renouvelées » 20 ans
après [31] sont sujettes à discussion [32]. Les sélectionne urs de la station damélioration
des plantes ont en effet croisé les anciens épeautres avec des froments, [33] ce qui améliore la rentabilité
agronomique [34] de lépeautre. La « typicité » de lépeautre est donc
souvent remise en question. Lanalyse des protéines a laissé entrevoir une différence entre les
variétés suisses et allemandes (souvent des resélections ou croissements entre anciens [35]) et les
« épeautres-froments » belges, mais cela nécessite un approfondissement[36].
Aucun constat visuel napparaît sur les nouvelles variétés d « épeautres-froments
» belges, mis à part une légère diminution de la hauteur des pailles [37]. Au Canada, on sest
employé à développer un épeautre de printemps à paille plus courte pour arriver à maturité
plus rapidement dans les courtes (aussi) bonnes saisons et moissons canadiennes [38]
VI.3.5. Rennaissance de lépeautre
Dans le milieu du XIXéme siècle, le Land du Bade-Würtemberg (D), ensemence 200.000 hectares dépeautre pour
12.000 hectares de froment. Cela ira décroissant pour tomber en chute libre milieu du XXéme siècle, en arrivant à
1.000 hectares en 1970. On ne saurait presque pas tomber plus bas et cela devait renaître pour remonter à 9.000 hect. en 1991.
Cest ce que daucun appelle le « boom de lépeautre» [39]. Cette renaissance nest
vécue que dans les zones agricoles dédiées à lépeautre. [40] En Belgique, il existera une initiative
bien conjuguée pour relancer lépeau tre. Côté agriculture, une coopérative
« Spelta » relance la culture, une association le C.I.R.Ep. (Centre dIntégration des Recherches sur
lEpeautre) assurera une logistique centralisatrice de promotion et de recherche, notamment les recherches de la faculté agronomique
de Gembloux qui créèrent début des années 1980 les nouvelles variétés dont nous avons parlé
au sous-chapitre précédent. [41] Il initiera une unité de décorticage par abrasion, qui sera mise en place et les
grandes meuneries vont moudrent et commercialiser la farine dépeautre. Une commission « pain dépeautre
dArdenne » créé par lUnion professionnelle des boulangers de la Province de Luxembourg (B) lancera en
mars 1982 une marque collective avec charte et appellation contrôlée au début. [42]
Auteur : DEWALQUE Marc, Equipe BoulangerieNet.

[1] Claude AUBERT, p. 67,
signale ces effets positifs de lutte contre la pollution des nitrates, en absorbant
les reliquats d'azote dès septembre. Dans certaines zones polluées
d'Allemagne, les agriculteurs reçoivent des subsides incitant à
la culture de l'épeautre. Un projet a regroupé l'Université
de Hohenheim et les centres de recherche agricole de Zurich (CH) et Gembloux (B)
autour du thème « L'épeautre, une moisson à redécouvrir
pour une agriculture soutenable européenne », voir le site de l'Univ.
de Hohenheim.
[2] Voir : Peter KUNZ, 1999 qui montre par un schéma très clair
la différence de végétation entre l'épeautre et un
froment de la fin de siècle passé.
[3] L'espeuta, l'espeouto, l'espiotte et l'escandin
ne sont pas l'épeautre
En ancien provençal, on appelle « espeuta » l'engrain, et France
on trouve aussi « espeouto » pour une espèce d'orge, J.P.DEVROEY,
p.91. « L'escandin » est un blé tendre en Espagne, voir BUXO
I CAPDEVILA, p.112. L'encyclopédie DIDEROT & D'ALEMBERT, p.280 mentionne
l'appellation « pain d'espiotte : c'est un pain de seigle ou semblable au
seigle, mais plus court et plus plat. ». Voilà quelques exemples
de témoignages historiques qui montrent que le mot ne sait pas toujours
résister à l'analyse scientifique qui aujourd'hui veut que l'on
appelle épeautre des blés à 3 paires de 7 chromosomes (découverte
de la première moitié du XXème siècle).
[4] A l'épeautre, le gène speltoïde (q) est à la place
du gène (Q) chez le froment. Ce gène du froment est dit en anglais
« squarehead » -épi à section carrée-. C'est
ce gène (q) qui fait que l'&veeacute;peautre a des rachis (tiges) fragiles
et des glumes (balles) tenaces J.F.LEDENT, p.7
[5] Le blé macha et le blé vavilov
Il existe dans les blés anciens ou primitifs, l'engrain et l'amidonnier
et leurs « frères chromosomiques », c.a.d. ; les céréales
qui ont le même nombre de chromosomes, ( voir ch. VI.2.). Ici, l'épeautre
a aussi ses frères « chromosomiques », il s'agit du Triticum
Macha (le blé Macha, présent dans le Caucase) et du Triticum Vavilovii
( le blé Vavilov -du nom du chercheur russe- , est un peu cultivé
en Arménie), voir J.F.LEDENT, p.8.
[6] C'est l'article supérieur du rachis qui reste attaché aux épillets
lorsque l'épi d'épeautre se fragmente. Dans le cas des anciens blés
(engrain & amidonnier) c'est l'article inférieur qui se détache
avec l'épillet, .J.F.LEDENT, p.11
[7] Elle n'apparaît qu'à l'analyse moléculaire : l'épeautre
ayant 3 paires de 7 chromosomes alors que l'engrain n'a que 1 paire de 7 chromosomes
et l'amidonnier 2 paires de 7 chromosomes (Voir chapitre VI.1.).
[8] La farine d'épeautre étant ± le double plus cher que
la farine de froment.
[9] La farine d'épeautre est parfois du froment.
Voir l'article de M.Von BÜREN & col. du laboratoire de chimie alimentaire
de l'université de Berne (CH). A l'aide de trois méthodes d'analyse
PCR sur 7 échantillons de farine et pains d'épeautre, il déterminent
que 4 ne contenaient moins de 10% d'épeautre, 1 autre 11%, i autre 22%
et un échantillon (le bio.), pas du tout. Comme l'épeautre et le
froment sont de la même famille chromosomique de céréales,
ils ont 95 % de protéines qui sont homologues, d'où la difficulté
de les diff&eacveute;rencier par analyse classique.
[10] L'unité de biochimie de la nutrition de l'Université de Louvain-la-Neuve
a mis au point en 2000, une technique de spectrométrie de fluorescence
induite par laser. Communiqué de presse du 29 juin 2000 du service des
relations de l'Université de Louvain-la-Neuve (B), le REUL.
[11] F.DESPORTES, p. 12 & 13 et J.P.DEVROEY, p.95, 90% des céréales
des réserves et 68 % des cens (taxe) en grains versés par les détenteurs,
sont de l'épeautre, d'après le Polyptyque du Monastère Saint-Remi
de Reims. Cette différence entre le taux d'épeautre stocké
et récolté tient du fait que cette céréale a plus
d'aptitude à la conservation que les autres grâce à sa balle
qui la protège des rongeurs et d'autres souillures. Vers l'an 820, aux
confins de l'Artois et de la Picardie (F), on retrouve à peu près
la même prédominance, 4/5 des terres ensemencées d'épeautre
et d'orge. J.P.DEVROEY ajoute p.93 que le modèle orge-épeautre est
également caractéristique de l'Eifel décrit par le polyptique
de Prüm (D) en 893.
[12] L'épeautre, encore ici et là
F.DESPORTES, p.15, l'historienne écrit en notes que l'on cultive encore
l'épeautre « ici et là » à la fin du Moyen Âge.
Par exemple: en Hainaut et à l'est de la Sambre (F & B), voir, G.SIVERY
p. 327. J.P.DEVROEY, p.96 écrit que la géographie régionale
des céréales a été bouleversée dans la région
de Reims (F) entre le IX et le XIème siècle. L'absence de toute
mention d'épeautre est tout à fait significative d'après
l'historien belge. L'ethnologue français François SIGAUT écritve
p. 36 que l'épeautre ne se rencontre plus, que rarement en France en dehors
du voisinage des terroirs de l'épeautre. La région d'Avesnes (en
continuité de l'Ardenne belge), de la région de Wissembourg (en
continuité du Rheinland Palatinat) et le sud de l'Alsace (en continuité
de la Suisse). Le même chercheur dit p.39 que toute la farine qui se vend
à Paris milieu du XIXème siècle, sous le nom de farine de
Strasbourg est de la farine d'épeautre.

[13] Bingen (D) se trouve sur le Rhin entre Koblenz (Coblence) et Mainz (Mayence).
[14] En 1131, elle écrit « L'épeautre est le meilleur des
grains. Il est chaud, gras et plein de vertus et est plus agréable que
les autres grains » Après elle donne les vertus médicinales
de l'épeautre, voir G.COMET,p. 150 &151.
[15] Voir les écrits du Docteur Gottfried HERTZSKA, médecin spécialiste
de la thérapie hildegardienne, édité en français aux
éditions Résiac (éd. religieuse) et/ou le site allemand http://www.hildegard.de/dinkel.htm
.
[16] J.P.DEVROEY, p. 89 & 90 et J.F.LEDENT, p.14 qui écrit que là
où le blé tendre (froment) est médiocre, l'épeautre
pourrait encore donner de bons résultats.
[17] O. de SERRES, p.108.
[18] F.DESPORTES, p.16
[19] J.P.DEVROEY, p.101
[20] J.P.DEVROEY, p.99.
[21] Vive le blanc
et le froment !
L'historien anglais Edward P.THOMPSON, le signale pour le XVIII ème siècle,
il écrit p. 35, « le froment gagnât sur les autres variétés
jusqu'au début des années 1790 ». Pour l'Angleterre et le
Pays de Galles, les estimations de consommateurs de céréales par
espèce, pour une entité d'environ 6 millions d'hveabitants étaient
en 1760 de ; 3.750.000 de consommateurs de froment, 888.000 de seigle, 739.000
d'orge et 623.000 d'avoine. « Tout au long de ce XVIII ème siècle,
le pain blanc gagna sur les variétés de pain noir. C'était
en partie une question de position sociale », mais l'avantage qu'en tiraient
les meuniers et les boulangers dans l'abandon des autres céréales,
n'est pas à négliger dit E.THOMPSON. En France, c'est l'historien
américain qui est le spécialiste de cette analyse et de cette période.
Steven L.KAPLAN écrit p. 226, qu'en 1767, « tandis que la population
de la périphérie parisienne accueille assez favorablement le pain
de disette (composé d'un mélange de blé, seigle et orge),
les Parisiens eux le dédaigne quand il arrive sur les marchés ».
Et comme le gouvernement de l'époque évite surtout les émeutes
sur la place de Paris, on veille à procurer la paix sociale avec un bon
pain blanc.
[22] Voir : A.SUREGES et M.VERLINDEN, ces mauvaises rimailles populaires, de l'Ardenne
ici, ne valent parfois que pour la rime. Toutefois, il est clair que selon l'état
des moulins et de ses meules ainsi que le savoir-faire du meunier, on peut procurer
une farine plus ou moins propre et exempte de balle. De plus l'opération
de décorticage procure beaucoup de poussière malsaine qui ne doit
pas plaire aux meuniers surtout s'ils souffrent déjà de la «
courte haleine », c'est-à-dire l'asthme ou farinose.
[23] Vraiment bio et dymanique
Encore une preuve de plus que la bio-dynamie est l'école ou la méthode
qui apporte le plus d'innovation, de concept et de bases techniques au mouvement
agro-biologiste.
[24] Chapeau l'épeautre
F.SIGAUT écrit p. 37 ce caractère de robustesse qui permevet d'éviter
la verse. Il faut savoir que l'usage de la paille d'épeautre était
fréquent pour la fabrication de chapeaux au XIX & XXéme siècle.
C'était, vu sa taille (± 1,50m.), la paille préférée.
On le mentionne dans la vallée du Geer (près de Liège-B)
et de Neufchâteau (B). Les témoignages sont nombreux, voir F.SIGAUT,
p. 37 & 40 pour la Toscane (I), l'Alsace et la Suisse, M.MARKUS, p.125. pour
la Slovaquie. Dans ce dernier pays, on signale même que la paille est utilisée
en concurrence des roseaux pour le chaume couvrant les toits de maisons ou granges.
[25] Voir au chapitre III.9., «On verse vers le raccourci ». L'évolution
de la sélection variétale a réduit les tiges de froment de
1,20m. dans les années 1950. jusqu'à parfois 0,60 m., fin de siècle
dernier. La tige de l'épeautre fait en moyenne 1,50 m. à 1,40m.
[26] Voir au chapitre IV.5., « Ici depuis 50 à 30 ans, la traite
des céréales », l'évolution des traitements aux raccourcisseurs
de tiges où en 2000, 60% des blés français recevaient ce
traitement « phyto » préventivement, donc systématiquement.
[27] Pour remplir le grain, 15 à 18 jours suffisent !
Dominique SOLTNER, p.29 & 31, écrit en spécialiste de la culture,
« Comme il n'y a plus de croissance des feuilles et des tiges, la matière
sèche synthétisée dans les feuilles est entièrement
destinée à l'accumulation des réserves. En 15 à 18
jours, 40 à 50% de ces réserves sont accumulées dans le grain
» de froment dans l'exemple cité ici. Pour que cette migration se
déroule bien, il faut un minimum d'eau dans la plante. Si l'évapveotranspiration
est trop forte, le grain sera privé de ces réserves et c'est alors
l'accident de culture que l'on appelle « l'échaudage ».
[28] En Allemagne, Suisse et Autriche, l'inscription de certaines variétés
datent du début de l'agrégation des semences, le début du
XX éme siècle et pour certaines variétés, on n'a même
pas de date ; Voir C.I.KLING, p.4 .
[29] Voir : Communiqué de presse du 29 juin 2.000 du service des relations
de l'Université de Louvain-la-Neuve.
[30] Pour la panification, la variété Rouquin inscrite en 1979 et
pour le fourrage, la variété Hercule inscrite en 1982. Voir C.I.KLING,
p. 4.
[31] L'épeautre nouveau est arrivé
Suite à l'inévitable déficience à la résistance
aux maladies fongiques des cultures, du fait que les souches des moisissures contournent
peu à peu les défenses naturelles de la variété. Les
obtenteurs, dits aussi sélectionneurs, répondent en créant
périodiquement, une nouvelle variété, renouvelant ainsi le
capital génétique des semis. Dans ce cas précis, la variété
« Rouquin » était devenu sensible à la rouille du blé
provoquée par un champignon. L'institut de Gembloux sorti en 1999, la variété
« Ressac » pour la panification et la variété «
Poème » pour l'alimentation animale, pour remplacer les variétés
« Rouquin » et « Hercule ». « Ces variétés
ont permis un progrès quand à la rentabilité des cultures,
à la résistance à la verse et aux maladies ». L'épeautre
entre même dans le « club des 100 quintauxve/hectare ». Ce rendement
est obtenu dans des essais probablement fort soigné et onéreux en
fertilisation, peu reproductible sur le terrain. L'obtenteur (Gembloux) dit également
que ces variétés sont bien adaptées à la culture biologique.
Voir la rubrique Actualités de la revue Industries des Céréales
d'août/septembre 2000, p.48. Cette même rubrique Actualités
présentait une autre nouvelle variété d'épeautre;
« Cosmos » qui a le caractère reconnu aux épeautres
en général ; la résistance à la fusariose des épis
et à la germination sur pied. Voir la revue Industries des Céréales
de juin/juillet 2002, p.48 & 49.
[32] Epeautres « purs » et « Epeautres-froments »
Comparativement aux épeautres des régions germaniques qu'il appelle
« Dinkel », C.I.KLING appelle les épeautres belges, les «
Dinkel-Weizen », soit les épeautres-froments. Le Centre de cure Hildegard
d'Allensbach (D) sur le lac de Constance (Bodensee) adeptes de la thérapie
hildegardienne ne s'autorisent que 5 variétés dites « pures
», la variété suisse « Ostro » du centre de recherche
de Zurich-Reckenholz (CH-1978), la variété « Oberkulmer Rotkorn
» (1948), un pur épeautre, le « Franckenkorn », un croisement
issu de l'ancienne variétés « Altgold » (1952) et d'un
peu de « Rouquin » (1979), le « Schwabenkorn » (1988),
un croisement de l'Université de Hohenheim-Stuttgart (où Christopher
I. KLING est cité comme le spécialiste de l'épeautre) issu
du « Roter Tyroler » (1911) et la variété « Bauländer
» ( 1924), trèsve apprécié autant boulangé que
cuisiné et surtout pour le « grünkern ». Le docteur Hertzka,
fondateur de la médecine hildegardienne ne veut entendre par épeautre
que les épeautres traditionnels sans croisement avec des gènes de
froment. Voir : Dinkel- das reinste Getreide ohne Umweltgifte und Pilzbefall,
soit en français ; L'épeautre, la céréale la plus
pure sans poisons de l'environnement et sans mycotoxines, sur le site http://www.hildegard.de/dinkel.htm
.

[33] Voir C.I.KLING, p.4. & J.LEDENT, qui écrit p.13 que « les
nouvelles variétés d'épeautre ont été obtenues
en faisant intervenir des variétés de froment résistant au
froid. Ce qui contribue à diminuer encore le fossé (s'il existe)
entre épeautre et froment ». Ce dernier auteur signale encore que
le classificateur des céréales Mac KEY classe à part la «
sous-espèce épeautre mutées » comme variétés
speltiformes de froment.
[34] Les anciens épeautres belges
Avec la variété « Rouquin » de 1979 on obtenait en moyenne
60 qx./hct. Voir C.I.KLING, p. 4. et M.JACQMAIN & C.ANCION, p.24. La variété
dite « Lignée (rouge) 24 » rapportait ± 30 qx./hct.,
la variété « Lignée 10 », 24 qx./hct., et il
existait encore une vieille variété ardenaise appelée «
Lignée 73 », dite « blanc de Gembloux », (probablement
de 1873) qui rapportait 34 qx./hct., renseignée par G.HOYOIS, p. 221 &
222.
[35] Les variétes d'épeautres des bio-dynamistes
Les bio-dynamistes ont sauvé et créé plusieurs variétés
d'épeautres. Exemple : Du centre de s&eacuvete;lection de Darzau (D), la
variété « Kipperhaus Weisser Spelz » (un épeautre
blanc de 1997), ainsi que les variétés « Alkor » de
1997 et « Sirino » de 2000, du centre de sélection céréalière
de Peter Kunz à la ferme de Breitlen à Hombrechtikon (CH). Il a
fallu plus de 15 ans à Peter Kunz pour sélectionner, stabiliser,
reproduire puis faire agréer ces variétés. Quand on sait
qu'il suffit d'une année pour faire agréer une variété
O.G.M. (voir ;chap.III.13.), on évalue facilement qui répond le
plus vite à la demande. Voir les sites internet des centres et le publireportage
«Tout vient à point à qui sait attendre » du groupe
de distribution suisse, Coop.
[36] C.I.KLING, p.6, signale une enquête de H.-D. BELITZ, W.SEILMEIER &
H.WIESER sur les protéines des épeautres en 1989 mais signale C.I.KLING
la recherche n'a pas approfondi la méthode de culture et cela nécessiterait
pour cette raison des recherches supplémentaires.
[37] Vue réductrice sur courte paille ?
Voir le tableau de C.I.KLING, p.5, où on voit que dans les 23 hauteurs
des pailles d'épeautres comparées, les épeautres belges ont
une « relative courte paille », un peu plus de 1,20 m. pour une moyenne
de 1,40 m.
[38] Voir : Jean DUVAL qui parle de la variété « Champ »
de 1988.
[39] Les statistiques de l'épeautre
Ute RABE, p.16 et D.MEYER, p.19. qui donne un tableau, en tonnage cette fois,
permettant de voir la progression effectuée sur 6 années de 1986
à 1991. On passe de 1.200 tonnes d'épeautre produit en 1986 à
21.200 tonnes en 1991. Le « grünkern » quand à lui passe
les mêmes annéve;es de 800 à 2.000 tonnes. A peu près
12% des récoltes sont en agriculture biologique.
[40] En Suisse, pays d'épeautre, celui-ci occupait 33% des emblavements
céréaliers en 1885, puis est successivement passé à
19% en 1.900, 10% vers 1931 à 1940, 3% vers 1.971 à 1980 et 1% en
1995 Si l'on prolonge avec des informations statistiques venant de Suisse, mais
sur le pain d'épeautre cette fois, on remarque que ce pain prenait 4% du
marché en 1.985, 2% en 1995 et 1,5% en l'an 2000. Voir Dinkel, soit Epeautre
dans Historisches Lexikon der Schweiz soit Dictionnaire historique suisse. Un
historien de l'Ardenne belge précise pour cette région, que l'épeautre
est passé de 1.731 hect. en 1846 pour atteindre un maximum de 5.264 hect.
En 1880, il se maintiendra ainsi jusqu'en 1910. Pour subir le recul général
des autres céréales que le froment en retombant au chiffre de 1856,
c.à.d. 2.779 hect Voir : G.HOYOIS, p.221. De 1866 à 1962, en un
petit siècle, les terres d'épeautre de tout le territoire belge
sont tombées de 66.000 hectares à 3.800 hectares. M.JACQMAIN &
C.ANCION, p.19. Milieu des années 1980, la culture belge occupe 12.500
hect., voir A.SUREGES. En l'an 2000, on parle de 10.000 hectares. Communiqué
de presse du 29 juin 2000 du service des relations de l'Université de Louvain-la-Neuve.
[41] Voir Anne SUREGES.
[42] Voir les mensuels professionnels Le Moniteur de la Boulangerie de mars 1983
et février 1985.