VI.3.6.Les «terroirs» de lépeautre
Lépeautre est cultivé dans les régions humides
à sols froids. De ce fait, lépeautre est appelé
« blé des montagnes », « blé de
Souabe -Schwabenkorn -». A lintérieur de ces pays,
il est simplement le blé ou le grain. Cest le cas en Souabe
[43], en Suisse [44] en Espagne [45] et en Ardenne belge [46]. En dialecte
« schwäbisch », et en Suisse, il existe encore lexpresssion
«Veesen» & « Fesen» qui veut dire épillet.
Du dialecte « schwäbisch », on trouvera généralement
lexpression « Dinkel » [47] en dialecte rhénan,
on lappellera «Spelt» ou « Spelz» qui veut
dire glume ou balle. Cest de cette expression que lon peut partir
à lorigine du mot français «épeautre» [48].
Avec la linguistique, on a déjà pu localiser les régions
de lépeautre. Olivier de Serres en 1601 mentionne lépeautre
comme se maintenant « en certains endroits dItalie et dAllemagne
et par toute la Suisse, où il est réputé ». [49]
Antoine Parmentier en 1772, cite encore lItalie [50] et la Suisse et ajoute
comme région dépeautre en France, lAlsace et quelques
régions de Picardie. [51] Il oublie lAllemagne quil
a pourtant connu en déportation, mais du côté de Hanovre,
ce quil lui fera rencontrer la pomme de terre. La région allemande
se situe sur les contreforts du Jura Souabe et du Jura de Franconie. Lépeautre
existe aussi en paL?ys rhénan (Rheinland-Palatinat) de manière moins
« enracinée ». La région spécialisée
selon certains se trouve entre Boxberg et Bad Mergentheim et tout le Bad Würtemberg.
Cest juste à la frontière de ce Land et de celui de Bavière,
que se situe en terre bavaroise, les villes et villages de Dinkelsbühl (la
colline de lépeautre), Dinkelshausen (la maison de lépeautre).

Sur les mêmes contreforts du Jura entre Neufchâtel et le lac de Zurich
se situe dans le Nord de la Suisse la continuation de la zone Sud allemande. En
prolongation à la zone Sud-Ouest allemande, se situent lArdenne et
la Famenne[52] belge. La Slovaquie, la Slovénie et les Carpates prolongent
vers lEst cette zone du centre de lEurope dédiée à
lépeautre. Seul les Asturies, au nord de lEspagne, [53] sont
séparées de cette zone du centrale européenne.
VI.3.7. Lindentité nutritionnelle de lépeautre
Dès le XIIéme siècle, Sainte Hildegarde de Bingen [54]
a attribué beaucoup de vertus à lépeautre. En 1778,
Antoine Parmentier signale aussi la bonne qualité digestive du pain dépeautre [55],
mais cela nest pas lopinion de tous les écrits historiques [56].
Il reprend des galons depuis que la recherche de qualité alimentaire sopère
quand la recherche de quantité est assurée. Sa balle protectrice
nest plus un obstacle technique et un désavantage économique,
mais un avantage dans lutte contre la pollution atmosphérique (notamment
nucléaire) [57], comme contre les mycotoxines. Si des allergies sont
possiblL?es avec le froment [58] (et ses protéines), lépeautre
apporterait une réponse. Cest lobservation que certaines
personnes font également avec le petit épeautre ( un engrain) et
le grain Kamut ( un blé dur Khorasan). Cette expérience est
surtout vécue en Allemagne [59]. La différenciation
des protéines du froment et de lépeautre nest pas évidente
avec les techniques danalyses classiques [60]. On peut juste constater
une plus grande teneur en protéines [61] et une valeur déquilibre
nutritionnel des acides animés supérieure [62]. Ce qui ne permet
pas de comprendre toutes les différences vécues par les personnes
réalisant des améliorations digestives en remplaçant le froment
par lépeautre. Dans sa composition résultant de lanalyse
chimique, (décortiqué dune autre manière en somme),
on se doit de comparer lépeautre à son frère « chromosomique» ;
le froment. A condition de comparer des farines complètes entre-elles,
on relève quelques différences, toutes à lavantage
de lépeautre. Les teneurs en vitamines B1 (Thiamine), B2 (Riboflavine)
et B6 (Pyridoxine) sont au moins du même ordre que le froment qui en est
déjà bien pourvu [63]. La vitamine E (Tocophérol), est
souvent citée comme spécifique à lépeautre par
des écrits « grands publics », mais les teneurs sont
dites semblables au froment et au seigle par des analyses. La pro-vitamine
A (Caroténoïde), est certes plus présente dans les «anciens
blés», mais encore une fois aucune source de recherche dans la littérature
en notre possL?ession ne permet de le mentionner pour le « grand épeautre ».
Dans les sels minéraux et les oligo-éléments, lépeautre
dépasse le froment. Il a ici le retour positif du désavantage
de posséder plus de fibres. Le magnésium (Mg), le phosphore (P) [64],
le zinc (Z) et le cuivre (Cu) sont les éléments les plus représentés
dans la plus-value.

Le sélénium, dautant quil est supplémenté
dans la culture, est un excellent facteur anti-oxydant [65]. Pour bien assimiler
ces minéraux, la problématique de lacide phytique (voir ;
chap. Aspects Nutritifs) est concernée. Si la farine dépeautre
contient moins denzyme phytase que la farine de seigle, elle en contient
plus que la farine de froment [66].
VI.3.8. Lépeautre
avant dentrer au moulin
Le grain commercialisé avec son écorce donne un poids spécifique
(poids mesuré dans un contenant volume) presque double à lépeautre
par rapport au froment. [67] Un handicap commercial «dencombrement »
en somme. [68] Poursuivons dans le domaine des désavantages économiques
avec le décorticage. Au XVIIIème sciècle, ce décorticage
de la bourre ou balle de lépeautre faisait létonnement
des voyageurs français en Allemagne [69]. En mouture sur meules,
cest le passage entre les meules un peu plus espacées et parfois
striées spécialement qui enlève la bourre du grain. [70]
Après la suprématie commerciale des moulins à cylindres,
le savoir-faire des meuniers à mL?eules disparaît dautant plus
inexorablement que cette maîtrise du décorticage nétait
connue que des meuniers présents sur les « terroirs »
de lépeautre [71]. Sinstallera alors des unités
de décorticage par abrasion. On « projette les épillets
à laide de batteurs sur une paroi abrasive, ce qui ouvre les enveloppes
et dégage le grain nu ». Opération délicate
puisquil ne faut pas abîmer le grain sur la paroi abrasive,
dautant que deux passages à la décortiqueuse sont souvent
nécessaires. [72] Le degré dhumidité des grains conditionne
un bon rendement et une bonne opération de décorticage [73]. Une
fois émondé, lépeautre « en grain complet
et nu » rend pratiquement autant de farine blanche que le grain complet de
froment [74]
VI.3.9. Lépeautre en panification
Lépeautre est utilisé en grains, flocons, semoules, « grünkern »
et pains. Une forte mixité de transformation que ne connaissent ni le riz
(la céréale cuisinée par excellence), ni le froment (la céréale
panifiée par excellence). Lépeautre contient de grande
proportion de protéines [75], ce qui, à linverse du seigle,
le rend panifiable en suivant les mêmes principes de panification que le
froment. Les essais répertoriés par le CIREp signalent une
moins grande élasticité de la protéine sur la variété
« Rouquin », qui était souvent déclarée
comme la plus panifiable des sortes dépeautre. Un pétrissage
lent et un apprêt plus court caracL?térisent la panification de lépeautre
daprès les expériences belges [76]. Autre précision
belge, la meilleure résistance de lépeautre à la germination
sur pied, lui donne un avantage sur les autres céréales, les mauvaises
(pluvieuses) années. [77] Le 17 mars 1982, après 6 années
détudes et de mise au point fut présenté le « pain
dépeautre dArdenne ». La recette a été
mise au point par un boulanger de La Roche-en-Ardenne (B), Victor Christophe.
La pâte reçoit un apport de pré-fermentation de ± 3
heures sur poolish (50%) et contient 70 % de farine dépeautre et
30 % de farine de froment 000 (soit type 65). [78] En Allemagne, des essais démontraient
la grande qualité panifiable de « Rouquin » [79] et
« Baulander » [80]. Panifié à lallemande,
c'est-à-dire en grains concassés en éclats, (Vollkornschrotbrot)
le développement de lamidon est supérieur sur lépeautre
par rapport au froment. [81] Daprès des résultats des
essais allemands, il est probable quil faut juger autant leffet « pentosanes »[82]
que leffet « gluten » dans le développement
des pains et remarquer que les variétés contenant beaucoup de protéines
ne sont par celles qui obtiennent le plus de volume. Voir le tableau qui suit.

Au vu de toutes ces analyses, il est surprenant de voir les descriptions des spécificités
panifiables de lépeautre par A.A. Parmentier en 1778. Il écrit
quil faut de leau moins froide et plus de levainL? que pour le froment
pour ne pas avoir un pain « lourd ». Un « apprêt »
moins fort et une cuisson moins vive [83]. Pour moi cest « lumineux »,
il est vrai que lon est avec ces écrits au « siècle
des lumières ».
Auteur : DEWALQUE Marc, Equipe BoulangerieNet.

[43] L'épeautre, le blé ou grain souabe
C'est l'expression « korn » traduite en dialecte par « kern
» qui est employée, elle peut se traduire par blé mais il
est plus correct d'employer le mot grain qui toutefois en français à
un sens plus large.
[44] L'épeautre, le blé suisse
Ce sera le blé dans le Jura romand, voir : E.VOGT p.54 qui écrit
« Chez nous, nous comprenons sous le terme de blé une céréale
bien déterminée. Elle ressemble beaucoup au froment et ne s'en distingue
somme toute que par ces épis plus cassants, son rendement inférieur
le relègue au second plan », plus loin « En Suisse, nous entendons
aujourd'hui par blé, le froment, en Allemagne, le seigle, en Amérique,
le maïs et en Chine, le riz ». Ce sera le korn dans le Jura alémanique,
voir Von Korn zum brot, p.9, qui écrit qu'au Moyen Âge jusqu'au temps
actuel, c'est « le Korn (Dinkel ou Spelz) » qui était la céréale
la plus cultivée. On trouvera encore dans cette partie nord de la Suisse,
les expressions « Spelt, Kernen et Fesen », voir ; Historisches Lexikon
der Schweiz.
[45] L'épeautre, le blé des Asturies espagnoles
En Espagne dans les Asturies, les villageois emploient simplement l'expression
« pan », soit blé, voir R.BUXO I CAPDEVILA, p. 107.
[46] L'épeautre, le blé ardennais
N.ANSELOT écrit que l'épeautre s'appelle simplement le blé
en Ardenne belge. Dans cette même contrée, d'anciens documents du
Moyen Âge donne parfois l'expression « pan d'ho », ce qui est
plus difficile à interpréter, mais que plusieurs linguistes spécialisés
n'hésitent pas à le traduire par épeautre.
[47] Dinkel vient Thinkil qui veut dire en vieil allemand; grain, blé.
[48] L'origine du nom « épeautre »
Voir A.DAUZAT & col. dans leur Dictionnaire étymologique et historique
qui donne une mention de 1256 de « espiaute » comme la plus ancienne
connue par la rédaction. Les formes du nom sans la lettre « r »
se rencontre encore au XVIIIème siècle. Cela provient de «
spelta » nom latin d'origine germanique. Dans les archives liégeoises,
on trouve les formes « spelte » en 1401 et « speaulte »
en 1599 voir R.VAN SANTBERGEN, p 27 & 84. Le nom racinaire « Spelta
» vient de l'action séparer l'amande du grain. « Spalten »
veut dire séparer/diviser en allemand. . Il existe des mentions très
anciennes du mot latin; datant de l'an 301 extrait d'un texte de l'Edit du Maximum
; voir J.P.DEVROEY, p. 90, mais G. COMET, p.149, pense qu'il s'agit de l'amidonnier
plutôt que d'épeautre.
[49] O. de SERRES, p.108
[50] Les appellations de l'épeautre
en italien, espagnol, anglais et néerlandais
Pour terminer avec la linguistique, signalons que les italiens qui appellent beaucoup
d'amidonnier, épeautre dénomment celui-ci, farro, voir ; R.PLONER
& C.MAYR, p.58 & 60, qui vient comme farine du latin « far »
qui veut dire « blé ». Les espagnols dans les Asturies lui
donne le nom d'escanda, voir R.BUXO I CAPDEVILA, p.110 & 112 et F.SIGAUT,
p.31. En anglais et néerlandais, on appelle l'épeautre « spelt
».
[51] A .A.PARMENTIER, p. 556
[52] Le Namurois,
pays belge de l'épeautre autrefois
Si la région du Condroz et de la Famenne a su migrer de la culture de l'épeautre
vers la culture du froment, l'Ardenne n'a pas su opérer si favorablement
cette « migration ». Les études historiques écrivent
que la région initiale de l'épeautre, est la région autour
de Namur. Une historienne du marché du grain de cette région cite,
p.284, que « au XVéme siècle, seul le poids du pain d'épeautre
est règlementé », p.296, « Le Namurois est moins vite
dépourvu d'épeautre». Voir Françoise LADRIER. Albert
DEMAN appuie ces descriptions,p. 191, en reprenant l'étude de Léopold
GENICOT qui en dépouillant les polyptiques de Villers-la-Ville (1272),
de Géronsart (fin du XIIéme siècle), de l'abbaye de Malonne
(1421) et du domaine comtal de Namur (1265) aboutit à la conclusion que
le Comté de Namur est le domaine de l'épeautre à l'époque
de ces relevés. Arrivé au XVII & XVIIIéme siècle,
plus question de pain d'épeautre écrit Françoise LADRIER,
p. 284.

[53] Toutefois, dans cette région on parle de culture avec des outils «
archaïques » et ou de techniques anciennes qui produisent un prix énorme
à la farine et pain. Malgré cela on ne parvient pas à répondre
à la demande. Voir ; R.BUXO I CAPDEVILA, p.110 & 121.
[54] Les vertus de l'épeautre d'après les expériences des
cures selon Sainte Hildegarde
Les Dr.Gottfried HERTZKA & Dr. Wighard STREHLOW , les deux médecins
qui se sont succédé au Centre de cure St.Hildegarde à Allensbach
(D) au lac de Constance, ont une confiance quasi inconditionnelle aux vertus curatives
de l'épeautre. Elle est la céréale santé par excellence
et « si je venais a être atteint du cancer, je me retirais sur un
alpage avec un sac plein d'épeautre, afin de voir qui du cancer ou de l'épeautre
serait le plus fort », p.45. « Lorsque la substance propre à
l'épeautre parvient dans le sang ou dans des centres nerveux concernés,
les vaisseaux sanguins se dilatent à l'évidence, soit localement
soit sur toute la peau, l'irrigation sanguine augmente alors, d'où la sensation
de chaleur ». « L'excellente solubilité de l'épeautre
constitue un des principaux avantages de l'épeautre. » , p.49 &
50
[55] A.A.PARMENTIER écrit p.556, que le pain d'épeautre est «
facilement digeste ». G.COMET, p.157 recite A.A.PARMENTIER qui met encore
l'épeautre en évidence dans « Mémoires sur les avantages
que la province du Languedoc peut retirer de ses graines » publié
en 1786.
[56] G.COMET, p. 157, écrit que certains écrits sont inquiet à
propos du pain d'épeautre (Thomas d'AQUIN), soit défavorable (MALTHIOLI,
SPERLING), ou condescendant au XVIII éme siècle. L'auteur écrit
« Tout se passe comme si l'aristocratie a tenu a déprécier
l'épeautre pour mieux imposé sa production, c.à.d.; le froment.
»
[57] L'épeautre à l'épreuve de Tchernobyl
L'épeautre a notamment fait ses preuves lors de l'accident nucléaire
de Tchernobyl, comparé au froment « non vêtu », il avait
10 fois moins d'éléments radioactifs grâce à sa balle
protectrice. Voir le site http://www.hildegard.de/dinkel.htm .
[58] En France, se développe depuis quelques temps une « allergie
au froment ». Elle est citée et commentée comme l'allergie
au lait. Et cela sans rapport direct avec la coeliaquie ( l'intolérance
au gluten). Qu'en est-il exactement ? D'où proviennent ces "prescriptions"
ou "indications" ? Nous pensons à l'écrit : L'alimentation
ou la troisième médecine (5ème édition en 2004) de
feu le Dr Jean SEIGNALET, Edit. François Xavier de Guibert. Il a eu des
résultats probants avec l'exclusion du froment dans les régimes,
même à la fin de sa vie, les autres céréales alternatives
ont été retirée de ses indications thérapeutiques.
[59] La meilleure digestibilité de l'épeautre
Dans les centres de cure très fréquentés en Allemagne, on
parle d'expérience favorable à l'épeautre auprès de
10.000 patients sur 30 années d'expérience, souvent des pratiquants
de la médecine hildegardienne. Même l'intolérance au gluten
n'est pas recensée par l'épeautre d'après certain centre
de cure ; Voir le site http://www.st-hildegard.com/kh/default.tmpl Ce qui est
toujours contesté par les sociétés coeliaques (association
d'intolérants au gluten). Le sélectionneur Peter Kunz interviewé
par Alfred SCHÄDELI, p.5, souhaite confronter ces variétés
d'épeautre précitées au problème de digestibilité
rencontrés par les consommateurs. Il se dit encouragé que la variété
« Alkor » sur le marché depuis 5 ans n'a entraîné
aucune plainte à ce sujet.
[60] C'est-à-dire, les analyses des acides aminés qui composent
les protéines et l'équilibre nutritionnel de ceux-ci. Où
encore les qualités de solubilité et de poids moléculaires
des protéines. Voir le chapitre VI.II. Gluten .
[61] On cite jusqu'à 15 à 16 % de protéines pour certains
épeautres, voir Eckhard RABE, p.248, J.M.BRÜMMER, p. 140 et N.L.RUIBAL-MENDEITA,
p.49 & 50 qui donne dans son inventaire biographique d'analyses, des fourchettes
de 9,8% à 25,5% de protéines pour les épeautres, pour 10,9
à 17,5 % pour les froments. Ces derniers ayant subi un certain nivellement
de diversité par la sélection plus intensive portée sur cette
céréale.
[62] Si l'on suit J.M.BRÜMMER, p. 140, étudiant la qualité
de panification des variétés d'épeautre, on s'aperçoit
que les 15 % bien fait de protéines, ne permet pas de classer toutefois
les épeautres dans les blés de force améliorants en texture
alvéolée du pain. Ce qui tente à interpréter que dans
les hautes proportions de protéines relevées, celles-ci sont, non
pas plus riche en gluten, mais issus de plutôt de protéines de meilleures
valeurs nutritives (voir chap. VI.II.Gluten).
[63] Lorsque Eckhard RABE, p. 249 écrit « au moins du même
ordre », j'ai tendance à pencher pour « supérieur »,
du fait que ces matières sont généralement comprises dans
le germe avec ces matières grasses. Or ces dernières sont supérieures
dans l'épeautre par rapport au froment (2,5 % dans l'épeautre pour
2 à 1,5% dans le froment). Cet auteur signale également que la variété
« Rouquin » aurait une meilleure valeur en vitamine par rapport aux
autres variétés d'épeautre.
[64] A noter que 80% de ce phosphore est de l'acide phytique, voir Eckhard RABE,
p. 247.
[65] Voir à l'enquête autrichienne de A.EDELBAUER & coll., qui
signale le gain de cet intéressant élément pour la santé
en alimentation animale, surtout lorsque dans les cultures d'épeautres,
celle-ci est amendée de sel de sélénium.
[66] Eckhard RABE, p. 249.
[67] Le « léger » poids spécifique de l'épeautre
Le poids moyen d'un « malder » (mesure en terme de volume) de céréales
est défini par un règlement du 4 novembre 1688 à Ruremonde
( Roermond, NL). Le « malder » de seigle fait 92% du poids du froment,
le sarrasin 88%, l'orge 74 % et l'épeautre 55%, voir J.RUWET, p.18 &19.
Ces 55% du poids du froment sont confirmé par C.BILLEN qui reprend p.179,
le poids à l'hectolitre d'ouvrages d'agriculture du XIXéme siècle
en Belgique. Elle donne les chiffres de 43 Kgs d'épeautre pour 75 kgs de
froment, soit pour l'épeautre, 57,33% du poids du froment. C.BILLEN donne
une mise au point à ce sujet en précisant les données agricoles
souvent méconnues des historiens et faisant l'objet de nombreuses erreurs
lors de publications. JACQMAIN & C.ANCION, p.20 remarque que l'épeautre
nu a un poids spécifique quelque peu inférieur au froment.
[68] Le rendement : grain / bourre
Il faut ± 190 kgs d'épeautre vêtu pour avoir ± 133
kgs de grain « nu » et ensuite 100 kgs de farine blanche. Ces chiffres
tiennent compte d'une perte de 30 % par le poids des enveloppes. Les auteurs donnent
des chiffres différents sur la perte de poids lors du décorticage.
M.JACQMAIN & C.ANCION, p.21, donne 30 % de bourre, H.ZWINGELBERG p. 85, parle
de 30 à 35 % et C.BILLEN, p.179 dans ces références du XIXéme
siècle donne une fourchette encore plus grande de 25 % et jusqu'à
50 %, les mauvaises années.
[69] La mouture de l'épeautre au XVIIIème sc.
F.SIGAUT, p.34 donne deux témoignages du XVIIIéme siècle,
qui permettent de comprendre le procédé poussiéreux. Tout
d'abord RENEAUME en 1708 qui précise qu'en Allemagne, « ils ont inventé
des moulins qui ne servent qu'à dépouiller le grain de sa balle.
Les meules ne mordent point le grain et un tuyau ou porte-vent est installé
à l'endroit où sort le grain mêlé avec sa balle. Par
ce moyen, il tombe tout nettoyé dans la maie, ce qui est fort commode »
Ensuite il cite le témoignage « Sur l'épeautre » de
VILLENEUVE en 1793 l'opération de décorticage « se fait par
des meules tenues assez écartées pour ne pas endommager le grain.
L'enveloppe seule est froissée, détachée et jetée
au loin par un ventilateur que fait tourner la lanterne. C'est une machine fort
ingénieuse que nous ne connaissons pas ».

[70] A.A.PARMENTIER, p. 556 & 557 précise en 1778, que l'on sépare
la balle de son petit grain au moyen d'une « machine qui donne au grain
un mouvement circulaire, sans le déformer, sans l'écraser ».
[71] La passion de l'épeautre
Seuls les moulins à meules de pierre des régions d'épeautre
pratiquaient encore le décorticage. Pratique qui disparu graduellement
avec les derniers meuniers sachant manier la technique Milieu du XXéme
siècle, en Ardenne et dans le Namurois belge on peut compter sur les doigts
de la main, les moulins qui savent encore moudre l'épeautre. Seuls deux
ou trois subsistaient à l'échelle artisanale, d'après M.JACQMAIN
& C.ANCION, p.19. Certains en font même une spécialité.
C'est le cas du Moulin d'Hollange ( près de Bastogne et Martelange -B)
qui date de 1420. Propriété de la famille Collard-Gangler, il sera
repris en 1991 par un passionné ; Dominique Delacroix. Celui-ci quitta
un poste en vue pour préférer ces métiers à sensibilité
directe que sont la meunerie et la boulangerie. Voir : Michel VERLINDEN. C'est
le cas également du Moulin des Moines à Krautwiller (F) en Alsace
dirigé par la famille Meckert, aussi spécialiste de l'épeautre..
[72] Voir M.JACQMAIN & C.ANCION, p.21
[73] Voir H.ZWINGELBERG p. 84
[74] M.JACQMAIN & C.ANCION, p.21 et C.BILLEN, p.179, citant les ouvrages agricoles
belges du XIXéme siècle.
[75] J.M.BRÜMMER, p.140. Ce dernier donne des valeurs de protéines
pour les variétés Bauländer (15,4%), Ostro (15,6%), Rouquin
(15,2%) et Schwabenkorn (15,8%) . En Belgique pour la variété Rouquin,
voir M.JACQMAIN, p.24 donne les teneurs en protéines sur une plage de 4
récoltes, de 1985 à 1988 qui sont respectivement de 13,4%, 14,6%,
15,4% (accompagné d'une chute de rendement) et 14,9%. A.A.PARMENTIER en
1778 écrit p.557 que l'épeautre contient de la « substance
glutineuse en assez grande abondance », il en détecte 5 onces (30,59
gr.) sur 1 livre (0,5 kg) de farine de gluten humide, soit ± 300 gr. au
kilo de farine Ces 300 gr. sont a divisé par 2,85, pour trouver le poids
en gluten sec, soit 10,5 % ce qui est un peu supérieur au froment (contenant
4 onces) de l'époque, voir Chapitre VI.II. Gluten

[76] M.JACQMAIN & C.ANCION, p.22 & 23. Le CIREp signale que les tests
indirects (Zélény et Alvéographe Chopin) sont moins probants
pour l'épeautre que pour le froment. Il vaut mieux en revenir aux tests
de panification. Rappelons que l variété « Rouquin »
est de plus en plus remplacée par la variété « Ressac
», en ce début du XXIéme sc.
[77] M.JACQMAIN & C.ANCION, p.25
[78] Le Moniteur de la Boulangerie de mars 1983 et février 1.985. Comme
le territoire d'Ardenne est défini au journal officiel de la C.E.E. du
19 mai 1975 (réf. : n°75-268 CEE et 75-269 CEE), dans un premier temps
ce label ne concernera que l'Ardenne. Suite à des difficultés de
gestion et de limitation géographique, la marque sera étendue dans
4 (sur 5, excepté le Brabant) provinces wallonnes. Ce mélange de
farine, 70% d'épeautre et 30% de froment est repris par les grandes meuneries
dans leur conditionnement en sac. En Belgique, la proposition commerciale classique
est de ce fait rarement 100% épeautre.
[79] Voir, D.MEYER p.44 et J.M.BRÜMMER, p.142.
[80] Voir, J.M.BRÜMMER, p.140 à 148. Les essais du professeur de Detmold
(Centre de recherche pour le pain en Allemagne) compare les panifications de 4
variétés d'épeautre en rendement de volume de mie, avec tranche
de pain photographiée. Le rendement en volume pour le pain complet donne
des cotes de 464 pour « Baulander », 451 pour « Rouquin »,
391 pour « Schwabenkorn » et 363 pour « Ostro ».
[81] Avec l'examen de rendement en volume (et photo de mie en tranche à
l'appui), le pain d'épeautre concassé en éclats fins obtient
la cote 230, tandis que le pain de froment concassé en éclats fins
obtient la cote 200. Voir ; J.M.BRÜMMER, p.147 & 148.
[82] Hélas, je ne dispose d'aucune donnée sur la teneur en pentosanes
( sucres de la farine agissant positivement sur l'index glycémique), mais
on peut décemment pensé que les grains vêtus et variétés
anciennes en contiennent plus.
[83] A.A.PARMENTIER, p. 556 & 557.