|
![]() |
Inscrivez vous à la "Dernière fournée" |
|
4.5. Le bassinage ; une opération du pétrissage manuel pour réguler la pâte et le levain C'est dans l'écrit de Paul.J.Malouin, p.263, que l'on trouve la définition du bassinage ; «On bassine la pâte en répandant des bassinées d'eau dessus en la repétrissant tout de suite. C'est avec le bassin et non avec le seau qu'on a coutume de verser =? l'eau sur la pâte pour la repétrir. C'est ce qui a fait nommer cette opération, bassiner. On ne verse pas l'eau à seaux, on la répand à bassinée», comme le montre l'extrait de la lithogravure de l'époque. Cette opération du pétrissage manuel des pâtes (voir encadré X sur le pétrissage au XVIIIème sc.) se réalise pour ajuster la consistance de la pâte, mais «..bassiner la pâte est aussi un moyen de retenir son apprêt lorsqu'il est trop avancé par les levains et par le temps». A.A.Parmentier, p.378, dit «il est vrai que le bassinage est souvent employé pour arrêter la fermentation de la pâte, on ne doit le mettre en usage qu'en été». Et Paul.J.Malouin, p.264, de préciser encore ; «lorsqu'on pétri sur levain, on peut plus bassiner que lorsqu'on pétri sur pâte, parce qu'en bassinant la pâte, on adoucit ou même on affaiblit la qualité de son levain» Comme la description technique du bassinage retirée du contexte du pétrissage serait plus difficile à comprendre, elle sera pour cette raison incluse dans l'encadré X. |
![]() |
| Encadré X | ![]() ![]() ![]() |
| Le pétrissag=?e à bras au XVIIIème
sc. On règle en «ordinairement» la quantité de farine sur la quantité d'eau. «Il faut que ce travail se fasse bien promptement pour y réussir», une à d'heure au plus pour pétrir 200 livres de pâte-soit -±100 kgs- (quand on «pétri fournée & levain») 1.La délayure: Comme on travaillait au levain et que celui-ci faisait parfois jusqu'à la moitié à deux tiers de la pâte, «la délayure» était importante pour bien diffuser la fermentation, «on déchargeait» plus ou moins suivant l'état des levains, la qualité des farines et le type de pains désirés. Arrangeant «sur la main gauche», la farine en fontaine (disposée en forme de coffre destiné à bien retenir l'eau) avec à la séparation de l'autre bout du pétrin la farine que l'on monte et presse pour bien faire barrage. On y verse le levain et puis l'eau «en trois temps et en trois parties». «S'il est bien fait et s'il est pris dans son point, le levain quitte aussitôt le fond du pétrin et nage sur l'eau». L'on dilue le levain jusqu'à ce qu'il ne reste plus de grumeaux ou «marrons». |
|
| 2. La frase: Elle consiste dès que «le levain est entièrement délayé», à faire «écouler le levain dilué, en faisant une brêche» dans la fontaine afin de mélanger la délayure dans le restant (souvent les 2/3) de la farine et la mélanger en veillant à combiner progressivement, «rien n'est plus important pour la perfection du pétrissage que cet emploi =?de la farine en plusieurs temps si l'on s'avisait de mêler l'eau et la farine tout à la fois, c'est brûler la frase». Farine & levain dilué se retrouveront en «une pâte plus sèche que la première fois, sans cependant qu'elle soit ferme». Il faut donc «fraser que peu à peu Il ne faut dans le commencement que de la légèreté & de la promptitude», après dans les opérations suivantes, il faudra plus «de la vitesse et de la force» . | |
| 3. La contrefrase: La pâte étant encore désunie après les deux premières opérations. «On coupe la pâte en plaçant les mains sous celle-ci la tirant, la retournant, on jette dans le pétrin (ou maie) de gros pâtons de gauche à droite puis de droite à gauche». Ce qui s'appelle à chaque changement de coin «donner un tour». On fait ici au moins quatre tours «avec des pâtons de dix à douze livres», soit de 5 à 6 kgs. Celui qui insistait sur la contre frase, insistait moins sur l'opération suivante. | |
| 4. Le bassinage : Voilà en quoi cela consiste ; «pour faire cette opération, on pratique au milieu de la pâte une cavité qu'on remplit d'eau et que l'on distribue aussitôt dans la totalité en y enfonçant les mains». «Le pétrisseur y enfonce à diverses reprises les mains fermées pour faire entrer l'eau dans la pâte». «Ensuite, il la découpe puis la rabat et lui donne deux tours» et A.A.Parmentier d'ajouter «au second tour», on veille «de=? ne plus entasser et réunir en une seule masse, mais de les ranger à côté les uns des autres, afin que leurs surfaces se multipliant la sèche et deviennent propre à l'opération dont nous allons parler» ; le battage | |
| 5. Le battage : Battre ou souffler
la pâte semble être un usage fort lié à l'évolution
de la meunerie «lorsqu'on a su remoudre les gruaux» (le repassage
sous la meule était une pratique interdite jusqu'en 1740) et de l'évolution
de la boulangerie professionnelle commercialisant de plus en plus du pain mollet
à la levure. La première école de boulangerie française
avec A.A.Parmentier et Cadet de Vaux, insistera fort sur cette opération.
Exigeant du travailleur énormément d'énergie (il faut bien
«enlevé» la pâte), elle est, d'après A.A.Parmentier,
souvent mal assumée par celui-ci. Mais comme le précise P.J.Malouin
«parce que la pâte a alors plus de liaison, c'est dans ces temps
là que le pétrisseur commence à geindre, d'où est
venu le nom de geindre qu'on donne au premier garçon des boulangers».
L'opération de battre la pâte, c'est prendre des pâtons entre
ses mains, «les tournant de dehors en dedans vers soi et de haut en bas»,
«jetant aussitôt ces pâtons à l'autre bout du pétrin
en les étirant» dixit le vocabulaire du boulanger dans l'Encyclopédie
de Diderot & d'Alembert. Ce qui permet à l'air de s'introduire dans
la pâte et «ce qui la sèche de plus en plus». Le résumé de A.A.Parmentier, p.383 ; «délayure exacte, frase lé=?gère, contre-frase vive, bassinage bien réglé, battement vigoureux». Il ne reste plus à la pâte que de «prendre levain» et à veiller sur la garde du «levain de chef» |
| Chapitre 5. Témoin
& «veilleur» de la conservation du levain de chef au XVIIIème
sc. 5.1. La conservation du levain-chef |
||||
|
A.A.Parmentier, p.304, écrit que
parfois «
l'on garde (le levain-chef) plusieurs jours même
des semaines entières sans les rafraîchir» , ce qui donne
un vieux levain dont «l'acide est pesant, la croûte affaissée
et l'intérieur liquide». A.A.Parmentier, dit, p.251, «la
petite portion d'esprit ardent que les levains aigres contiennent n'est pas assez
développé pour agir». Pour Paul.J.Malouin, p.201,
un «boulanger qui ne cuit que rarement n'a point d'aussi bon pain que
le boulanger qui cuit souvent. Cet inconvénient de vieux levains se trouve
encore plus ordinairement dans les maisons particulières où l'on
ne fait pas tous les jours du pain, mais on peut y=? remédier en renouvelant
le levain toutes les douze heures ou du moins tous les jours, ce qui est une bonne
pratique à observer, parce qu'elle en vaut la peine». Page 208,
«on pourrait le (le levain) laisser se fortifier un jour, même
deux surtout en hiver. Mais après ce temps, il ne prend plus de force,
quoique l'on puisse le conserver jusqu'au quatrième jour». Dépassé
ce temps, on arrive à ce verdict de Paul.J.Malouin, p.214, «on
ne saurait trop répéter qu'un mauvais levain de chef ne peut faire
un bon levain de premier», p.208, «les levains qui sont passés,
qui pourrissent, donnent un goût amer qui tient de celui de la mauvaise
huile». Paul.J.Malouin, encore lui ajoute, p.212 «
si
les levains sont si vieux qu'après avoir aigri, ils ont pourri et sont
devenus amers, cette pourriture ne peut être corrigée».
Page 208, toujours le même auteur écrit ; « Aigrir et pourrir
sont moins des fermentations que les termes de la fermentation. Pourrir est la
suite de la fermentation, aigrir en est le principe, le commencement dans le levain». Du fait de la quotidienneté de la panification et de la nécessité de trois journées au moins pour la création d'un nouveau levain-chef, la solution que les deux auteurs proposent aux boulangers est la même. Paul.J.Malouin, la décrit p.202 «pour raccommoder les premiers levains, il faut en emprunter il y a presque toujours dans une ville quelque boulanger qui a de la pâte et qui peut en céder et cela peut se rendre presque aussitôt en pâte ou en pain par celui qui l'a emprunté». C'est simple et beau comme la solidarité, «Se passer le levain» signifiait être bon voisin dans =?le privé et probablement ici entre boulangers représentait de la confraternité. Le levain, c'est trop de vie que pour être un acte de vendre, on se l'emprunte. Toutefois A.A.Parmentier, dira, p.302 que dans le cas de mauvais soin, «l'aveu de sa négligence et pour éviter cette espèce d'humiliation des boulangers aimant mieux sacrifier leur intérêt à leur amour-propre se servent de levain vieux et aigre et fabrique du mauvais pain.» |
|||
![]() Mini pétrin en bois servant à conserver le levain. |
||||
| Chapitre 6. Conclusions ou temporisateur-témoin
de la relecture après 2 sc., au XXIème sc. |
|
![]() |
Entre les publications de Paul.J.Malouin et A.A.Parmentier,
onze petites années se sont passées et pourtant l'écart est
grand entre les deux écrits. A.A.Parmentier, remercie son prédécesseur
(Paul.J.Malouin), «les yeux se sont ouverts» grâce
à lui, «mais l'homme qui ouvre la carrière, ne saurait
tout apercevoir», dit-il encore. «Il rapporte une observation
conforme à l'expérience, puis aussitôt
il place à
côté une explication qui la contredit», dit A.Parmentier «J'aurais été certainement moins excusable que M.Malouin, si j'eusse donné dans les mêmes écueils» (celu=?i de la première description de l'art de boulanger). Lorsque A.A.Parmentier présenta son livre à l'Académie royale des Sciences, Paul.J.Malouin lui lancera, «Vous avez vu tout cela mieux que moi». Lorsqu'on lit ce petit et gentil débat entre les deux principaux écrivains descripteurs de l'époque, on peut déjà se rendre compte que c'est facile par après de dire « vous vous êtes trompés ». Alors maintenant près de 250 ans après, il serait encore plus facile de critiquer. La « lecture du levain » maturée par la profession au siècle des lumières, arrive malgré ce décalage plus que séculaire à formuler des critiques positives sur l'application actuelle du levain de panification. Certes depuis la fin du XXème sciècle, les machines fermenteurs à levain et les starters de levains sont venus remporter les prix d'innovation aux expositions Europain de 1994 et 1996. Une bonne vingtaine d'années avant, à l'époque du pain blanc, s'imposait le pétrissage intensif il se distinguait également comme l'évolution. Il ne fallut pas longtemps pour que triomphe après cette éphémère emprise, le pétrissage dit «amélioré». Et là, le progrès où l'amélioration, consistait à aller moins vite. C'était presque comme une marche arrière, en tout cas un certain plafond d'intensification semblait être atteint. Le professeur Raymond Calvel en ces temps d'expansion de la mécanisation a eu le courage de dénoncer avec une justesse d'appréciation rare les dérives de la panification. Ce sera un fondement de la revalorisation du pain en France. La redécouverte de l'apprêt (ma=?turation) du levain et des méthodes d'ensemencement des pâtes de froment clair qu'essayait de cerner le professionnalisme boulanger du XVIIIème siècle peut devenir des lumières pour les chercheurs d'amélioration gustatives et nutritives de la panification. |

Le grand pain du passé regarde vers les petits pains d'aujourd'hui
Photo de Mano HALIN à la Boulangerie de l'Arche
de La Borie Noble (Hérault -F)
